Replacer la typographie au cœur du système éducatif des graphistes. c | le blog de be-pôles

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A ma ques­tion pensez-vous que des étudi­ants en graphisme (EVC 3e année) puis­sent sor­tir de leurs études sans avoir une bonne con­nais­sance typographique. A la ques­tion pensez-vous que la typogra­phie doit être le socle de l’enseignement typographique ? : Je hurlais.
La typogra­phie doit se situer au cœur du sys­tème éducatif des élèves. Je ne suis pas typographe et pour­tant le con­stat me touche car il est assez réel. L’observation n’est pas anodine. Je pleure de ren­con­trer encore des étudi­ants qui finis­sent leur 3e année sans back­ground cul­turel typographique.
La faute à qui ?
Qu’apprend t-on en école de graphisme ?
La pub, l’édition, l’identité, le web, la pho­togra­phie, le dessin, l’aménagement d’espace, la cul­ture des mar­ques, par­fois des notions de mar­ket­ing… autant que celles d’anglais.
Reste qu’aujourd’hui pour passer un mes­sage à tra­vers cha­cun de ces médias il nous faut des mots et que ces mots doivent être accrochés avec des typogra­phies. Des mots sur des annonces, des mots dans des ban­nières, des mots dans un bil­board de film…
J’entends encore dans les jurys, le pro­fesseur de pub dire—ce n’est pas grave le sens est bon, tu affin­eras ces détails plus tard. C’est fort bravo. Le pro­fesseurs de mul­ti­mé­dia dirait — l’arborescence est bonne, tu as util­isé une belle grille ça devrait fonc­tion­ner, tu règleras les détails typographiques plus tard l’essentiel c’est que ça marche ! Ces séries de remar­ques pénètrent dans la tête de l’étudiant pour le per­suader qu’il y a une vie avant et après et surtout sans la typo.
Mal­heureuse­ment je m’y oppose.
On ne doit rien lâcher.
Lorsque l’étudiant qui sort n’est pas capa­ble d’utiliser la bonne référence his­torique qui raconte la bonne his­toire. Lorsque l’étudiant n’est pas capa­ble d’empiler cor­recte­ment des références typographiques pré­cises dans des gabar­its éprou­vés et équili­brés, on touche à la cat­a­stro­phe.
Mal­heureuse­ment je ne cite pas des cas isolés. Je parle sure­ment d’une grande majorité des écoles de graphisme.
La faute à nous, à moi, la faute au pro­gramme. La faute à un enseigne­ment global, chargé et très dense qui a laissé la cul­ture typographique et l’enseignement des équili­bres ances­traux sou­vent à la libre inter­pré­ta­tion des élèves. A inter­net…?
Soyons clair nous ne par­lons pas ici des grandes écoles ENSAD, BEAUX ARTS… Je crois que le malaise vient plutôt des écoles plus général­istes qui ont voulu abor­der une large gamme de sujets qui tour­nent autour de la com­mu­ni­ca­tion visuelle.

Que devient une annonce sans organ­i­sa­tion typographique forte ?
La pub a besoin de nous.
Que devient une mag­nifique arbores­cence web sans con­nais­sance de l’environnement typographique web per­me­t­tant d’utiliser un très faible range de typo dans un con­texte très strict.

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Pour exem­ple. J’ai en tête la phrase de Stan­ley Mori­son en 1923 : «Ne faisons pas d’erreur, l’avenir se fera avec les typo anci­ennes ». Je me méfie évidem­ment des “quotes” sor­ties de leur con­texte mais je garde quand même le sens fort de cette vérité que je con­state tous les jours. En regar­dant la créa­tion graphique d’édition con­tem­po­raine on ne peut qu’admirer le sens vision­naire de Moris­son en 1923. Mag­a­zine, livres cul­turels, brochures…
En tant qu’enseignant nous devons con­sid­érer cette mou­vance graphique à laque­lle les élèves s’attachent en ten­tant des recopies plus ou moins maîtrisées. Quel est notre rôle dans ces influ­ences fortes portées par les mag­a­zines de mode/musique/art qui les entourent.
Il me sem­ble que la qual­ité d’une bonne analyse passe par un référent his­torique fort. Les étudi­ants doivent absol­u­ment iden­ti­fier les influ­ences et savoir les remet­tre dans leur con­texte d’origine. Avec des bases d’histoire ils analy­seront plutôt que de copier et re-créeront à leur façon un univers orig­i­nal.
Appren­dre à analyser.
Oui mais voila.
Com­ment, dans un con­texte sur­charger de références et d’influences, faire le tri et se con­va­in­cre de codes pour avoir envie d’aller fouiller leur con­texte his­torique. J’ai en tête la méthodolo­gie de recherche des sta­giaires qui défi­lent dans mon stu­dio. Cette méth­ode se con­firme au con­tact des élèves en l’école. Les liens se for­war­dent, les échanges de bonnes références se bous­cu­lent. On clic immé­di­ate­ment sur le site en référence. On arrive sur un dia­po­rama d’images. Je reste der­rière et regarde les réflexes de vision­nage.
Le curseur sur la flèche de droite. Next, next, next… les images se suc­cè­dent sans aucun arrêt. j’ai mal pour les heures de tra­vail qui fusent en 1 sec­onde…
On passe au lien suivant…qu’est il resté du précédent?

Je mets en garde les élèves sur l’évolution de la richesse des références sur le net. Le média inter­net n’aide pas l’analyse. J’en suis con­va­incu. Le drame d’internet c’est ce pas­sage de l’ordinateur à l’ordinateur. De Safari à Illus­tra­tor il n’y a que du vide.
J’engage donc les élèves dans un proces­sus de re-appropriation de code par une phase de dessin et d’analyse. Tout au long de l’année nous gar­dons un car­net d’analyse. Un car­net de repérage. Un point départ de tra­vail. On redes­sine, on colle on garde. La sig­nalé­tique sur le mur d’une expo un néon de pizze­ria, un flyer dans le métro, un livre dans une bib­lio­thèque invi­o­lable. Un ticket de livrai­son sur une boite fedex. On garde et surtout on force le dia­logue. On engage une analyse com­mune. On ques­tionne, on espère retrou­ver un style, une fonte. Le process work­shop s’engage. La machine à regarder s’arrête on com­mence enfin à trans­former. Ce sont des incroy­ables points de départ pour des heures de travail.

Une autre inquié­tude à pro­pos de la richesse des références sur le web. On se retrouve avec des élèves qui ne regar­dent que de la typogra­phie. Sou­vent con­tem­po­raines, les pro­duc­tions graphiques des stu­dios se mul­ti­plient et les mag­nifiques réal­i­sa­tions se bous­cu­lent sur le net. En dehors du fait que trop de référence tuent le regard et l’analyse, ne regarder que de la typogra­phie enterre le dis­cours graphic des élèves dans un univers mono culturel.

J’ai sou­venir de cette expo­si­tion mon­tée pour Pierre Bergé et Yves Saint Lau­rent à l’ouverture de leur fon­da­tion. J’avais alors com­pris la force de l’art dans le tra­vail orig­i­nal de Mon­sieur Saint Lau­rent. Nous l’avions appelé : Dia­logue avec l’art. Je ne crois pas avoir entendu ni vu de référence à la mode dans le cat­a­logue et l’exposition. L’art était omniprésent au cœur de son dis­posi­tif créatif et aucune autre référence.
Le mes­sage que nous essayons de faire passer aux élèves les entraîne dans des par­cours de graphistes/artistes, con­tem­po­rain ou non leur per­me­t­tant une approche plus libre et moins con­ven­tion­née de la typogra­phie. Richard Prince, Ed Ruscha, John Giorno…

Je lisais dernière­ment un “post” d’Alejandro Lo Celso sur un blog typo­graphic. Ce dernier dis­ait que cer­tains con­sid­éraient qu’il exis­tait une con­ti­nu­ité his­torique en matière typographique et que d’autres par­laient de pla­giat. J’engage les élèves à réfléchir sur les références et les codes qui les entourent. J’invite les élèves à récupérer des codes pour se re-approprier mais jamais pour les copier. Je présèrve leur méth­ode d’analyse pour leur don­ner des bases artis­tiques solides con­stru­ites en par­al­lèle des cir­cuits typographiques.
J’insiste pour qu’ils com­pren­nent la beauté des éléments avec lesquels ils jouent. Je les per­suade de la richesse de l’art qu’il pra­tique. La diver­sité cul­turelle de ce qui les entoure les engagera dans des visons dif­férentes mais l’enseignement des bases typographiques est pri­mor­dial au sein de TOUTES les dis­ci­plines enseignées en école de graphisme.

Eng­lish version :

Bring­ing typog­ra­phy back to the heart of the edu­ca­tional sys­tem for graphic artists.

When asked: “Do you think graph­ics stu­dents can com­plete their courses with­out a good knowl­edge of typog­ra­phy?” and “Do you think that typog­ra­phy should form the basis of graph­ics teach­ing?”…
I scream.
Typog­ra­phy should lie at the heart of the stu­dents’ edu­ca­tional sys­tem. I am not a typog­ra­pher, but since this obser­va­tion is quite obvi­ous, it is of con­cern to me. It is not a minor issue. Still today, I despair at meet­ing stu­dents who fin­ish their 3rd year with no typo­graphic knowl­edge or cul­tural background.

Who is to blame?
What do they learn at a graph­ics school?
Adver­tis­ing, pub­lish­ing, iden­tity, the Web, pho­tog­ra­phy, draw­ing, lay­out, brand cul­ture and some­times a touch of mar­ket­ing, not to men­tion Eng­lish.
Yet the fact remains that to con­vey a mes­sage using each of these media today, words are needed, words that are nec­es­sar­ily linked to typo­graphic designs. Words in adver­tise­ments, words on ban­ners, words on film bill­boards and so on.
I can still hear an adver­tis­ing teacher on a board of exam­in­ers say­ing, “It doesn’t mat­ter. The approach is right, you can work on the details later. Excel­lent, well done,” and in the same sit­u­a­tion, the mul­ti­me­dia teacher adding, “The hier­ar­chy is good, you’ve used a first-rate grid, it should work. You can sort out the typo­graphic details later. The main thing is that it works!” These remarks and obser­va­tions gain ground in the student’s mind until they finally become con­vinced that there is indeed a life with­out typog­ra­phy.
This is unfor­tu­nate and I am against it.
It is wor­ry­ing when a stu­dent is unable to use the proper his­tor­i­cal ref­er­ence to tell the right story or cor­rectly amass typo­graphic ref­er­ences in tried, bal­anced grids. I am not talk­ing about iso­lated exam­ples. I am afraid that such a lack of typo­graphic train­ing is com­mon­place in graph­ics schools.
So who is to blame? Teach­ers, uni­ver­sity pro­grammes, me… and exces­sively com­pre­hen­sive, detailed, dense teach­ing that omits instruc­tion in ances­tral bal­ances and typo­graphic culture.

What becomes of an adver­tise­ment with­out good typo­graph­i­cal organ­i­sa­tion?
Adver­tis­ing needs us.

What becomes of a mag­nif­i­cent Web hier­ar­chy with no aware­ness of the typo­graphic Web envi­ron­ment that com­pels us to use a very lim­ited range of typographies?

An exam­ple. I have in mind a quote from Stan­ley Mori­son in 1923: “Make no mis­take, the future will con­sist of old typogra­phies.” I am of course wary of quo­ta­tions taken out of con­text, but I still remem­ber this truth, which we expe­ri­ence on a daily basis. One sim­ply has to look at the graphic design of con­tem­po­rary pub­lish­ing to grasp (and admire) the vision­ary depth of Morison’s words.

Mag­a­zines, cul­tural books, brochures…
As teach­ers, we must con­sider this area of graph­ics that stu­dents are keen to copy, with a vary­ing degree of mas­tery. What role can we play in the maze of strong influ­ences con­veyed by the fash­ion, music and art mag­a­zines that sur­round and impact on stu­dents?
I believe that the qual­ity of good analy­sis is depen­dent on a pow­er­ful his­tor­i­cal ref­er­ent. Stu­dents must be able to iden­tify the source of their influ­ences and also resi­t­u­ate them in their orig­i­nal con­text. This is the only way for them to avoid copy­ing and begin to work towards an orig­i­nal “re-creation”.

Learn­ing to analyse.

Yes, but…
In an envi­ron­ment loaded with ref­er­ences and influ­ences, what sort­ing is pos­si­ble? What will con­vince stu­dents of the exis­tence of codes whose his­tor­i­cal con­text is essen­tial if they are to be under­stood and used?
I have in mind the research method­ol­ogy of the trainees who pass through my stu­dio or the ones I see at school. Links are for­warded and there are con­stant exchanges of use­ful ref­er­ences. An imme­di­ate click on the site con­cerned and a slide dis­play appears. Cur­sor on the for­ward arrow. Next, next, next… an end­less series of pic­tures. I am stag­gered to see mate­r­ial that can take me hours flash by in a sec­ond.
They move on to the next link… but what remains of the last?
Essen­tial: I warn stu­dents about the increas­ing pro­fu­sion of ref­er­ences on the Net. The Inter­net medium does not nec­es­sar­ily encour­age analy­sis. I am con­vinced of this. The drama of the Inter­net medium is this move­ment from com­puter to com­puter. From Safari to Illus­tra­tor… and then what? Noth­ing. A void.

So we must start afresh, set­ting these stu­dents on another path, lead­ing to the reap­pro­pri­a­tion of codes via the draft­ing stage and its analy­sis. Through­out the year, we keep a record of analy­ses. A record of reg­istry. A start­ing point for work. We draw, we draw some more, we paste, we keep the results, always. The sig­nage on the wall of an exhi­bi­tion, the neon of a pizze­ria, a flyer in the Metro, a book in a library, a deliv­ery docket on a Fedex box… We record and, above all, we induce dia­logue. We ini­ti­ate joint analy­sis. We ask ques­tions, hop­ing to iden­tify a style. The work­shop process can then begin. When the watch­ing machine stops, the trans­for­ma­tion can commence.

I would like to high­light another con­cern about the pro­fu­sion of ref­er­ences to be found on the Web. We find our­selves with stu­dents who look only at the typog­ra­phy. There is an increas­ing vol­ume of mainly con­tem­po­rary stu­dio graphic pro­duc­tion, which is indeed often very inter­est­ing, that is not the prob­lem. Apart from the fact that a sur­feit of ref­er­ences are detri­men­tal to obser­va­tion and analy­sis, look­ing at typog­ra­phy alone buries the stu­dents’ graphic approach in a mono­cul­tural environment.

I remem­ber an exhi­bi­tion organ­ised with Pierre Bergé and Yves Saint Lau­rent for the open­ing of their foun­da­tion. It was then that I realised the power of art in Mr. Saint Laurent’s orig­i­nal work. We called it Dia­logue with Art. I do not believe I heard or saw a ref­er­ence to fash­ion in the cat­a­logue and exhi­bi­tion. Art was omnipresent at the core of his cre­ative system.

The mes­sage we try to pass on to stu­dents should guide them down a con­tem­po­rary or non-contemporary graphic artist/artist path, allow­ing them a freer, less con­ven­tional approach to typog­ra­phy. Richard Prince, Ed Rusha, John Giorno…

I recently read a post from Ale­jan­dro Lo Celso on a typog­ra­phy blog. Accord­ing to him, while some believe a his­tor­i­cal con­ti­nu­ity exists in terms of typog­ra­phy, oth­ers speak of pla­gia­rism. I advise stu­dents to think about the ref­er­ences and codes that sur­round them. I sug­gest they retrieve codes for reap­pro­pri­a­tion, but never copy them. I believe I am pre­serv­ing their method of analy­sis, pro­vid­ing them with a solid artis­tic ground­ing built up in par­al­lel with typo­graphic train­ing.
I insist that they under­stand the beauty of the com­po­nent parts they play with and con­vince them of the mul­ti­plic­ity of the art they prac­tise. The cul­tural diver­sity around them will lead them to adopt dif­fer­ent out­looks. From this stand­point, the teach­ing of typo­graphic basics remains a fun­da­men­tal require­ment in ALL sub­jects taught in graph­ics schools.



Un commentaire

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  1. Commentaire — par Jéjé — 10.02.09 — 22:38

    Le prob­lème est cer­taine­ment majeur…n’étant pas spé­cial­iste je ne peux dire mais en attribuer la faute à inter­net (ou plus générale­ment à la pro­fu­sion, au flux inhérent) me sem­ble large­ment erroné…l’impression d’y lire les vieilles craintes annonçant la mort des livres par la télé.
    Deman­dez à vos élevés si pour réaliser le reportage sur la Gill sans ils se sont servis d’internet…je doute fort que la réponse soit néga­tive.
    L’égo blessé de l’artisan qui voit son tra­vail bal­ayé en 1 sec­onde est à mon sens mal placé et n’a que peut avoir avec le média (regardez comme les pro­fes­sion­nels feuil­let­tent les paru­tions graphiques dans les librairies spé­cial­isées, une pub télé ou un clip vidéo).
    Sans tomber dans un angélisme béat, inter­net con­stitue un bel out­ils de dif­fu­sion, de décou­verte, etc…mais il reste un out­ils et il ne faut pas crain­dre les out­ils, ils ne sont que des moyens ! A l’instar de la télé, média de flux, une util­i­sa­tion raison­née d’internet peut large­ment servir (et non s’inscrire comme un frein) votre pro­pos (acqui­si­tion d’un “un référent his­torique fort”). Enfin, la ques­tion posée “com­ment appren­dre à analyser” était déjà d’actualité hier, le reste aujourd’hui mal­gré Inter­net et le sera cer­taine­ment demain.